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Mon Book (2)


Photographe?... Plasticien?...



Pascal ragoucy est photographe / plasticien - peut être - mais la n’est pas le propos. C’est un passeur, un esprit en éveil, confident attentionné de son environnement. La transcription du temps - ou plutôt des durées - qui s’imbriquent et se superposent, la perception des énergies en présence, la démonstration de la précarité de ce qui nous entoure, voila sa voie.

D’un effondrement chaotique, il voit l’écoulement fluide des roches ; dans un torrent impétueux, il visualise les flux qui s’affrontent ; du froid de l’hiver il n’entend que le craquement des pierres.

Avec culot et humilité Pascal Ragoucy s’immisce dans cet environnement, se fond, et, lentement, s’en imprègne. Il écoute, entend, sent, ressent, s’accorde aux rythmes, respecte l’équilibre, et au bout de cet abandon, voit. 

On aborde son travail par un silence, pas celui présomptueux du respect, mais celui qu’a ressenti l’auteur à ce moment - plus qu’instant - ou tout se fige, ou tout prends corps ; une sorte de vide, d’apaisement.  


Puis, guidé, appelé, on s’essaye à entrer, pénétrer ses œuvres, oscillant entre attraction et appréhension ; l’équilibre semble précaire, les mouvements suspendus, en attente, entre sérénité et chaos ;  tout semble possible.


Si son médium privilégié est la photographie – on y revient – c’est vers le dessin, la gravure, l’encre et l’installation qu’il chemine. 


Dans son approche, apparemment toute en dualité  - confrontation / effacement – c’est en fait le vide médian, le souffle esprit qu’il tend à faire ressentir. 


C’est cette notion de délabrement / renaissance perpétuelle qu’il nous propose. 



Pascal Ragoucy, la photographie pauvre

Pour moi l’acte de photographier doit se réduire à un rapport le plus simple possible entre un individu et une situation. De ce point de départ, il s’agit d’opérer des choix : choix du regard, de l’outil, et au final de la présentation, le  résultat étant l’œuvre photographique. 


La photographie pauvre se veut référence à l’arte povera, un usage a minima des techniques, l’outil ne devant pas primer sur l’œuvre. La photographie pauvre réinvente la notion d’aléatoire et de processus empirique dans le champ de la photographie.


Le sténopé :

Le phénomène optique est décrit en premier dans un ouvrage de vulgarisation scientifique chinois le Mo Jing vers le 4 éme siècle avant JC, à peu prés à la même époque Aristote (v.384-v.322 av JC) dans ses Problemata décrit aussi le phénomène.

La description fonctionnelle de la Caméra Obscura  date de 1558, Giambattista Della Porta, érudit napolitain y explique le principe d’une « machine à dessiner ».

Constitué d’une « chambre noire » et d’un trou très fin laissant passer la lumière, le sténopé est né.

L’utilisation du sténopé implique des contraintes

-       Cadrage intuitif,  il n’y a pas de possibilité de visée et de contrôle de ce cadrage.

-       Temps de pose long,

-       Qualité médiocre du « piqué » l’image est floue.

-       Profondeur de champ infinie, pas de plage de netteté.

-       Absence totale de déformation (image orthoscopique)

En définitive, l’image produite correspond avant tout aux critères de la machine qui  la produit.


Paradoxalement, je trouve dans ces contraintes une grande liberté d’action : je peut appréhender le paysage avec les deux yeux ouverts, en avoir une vision totale dans laquelle j’opère intuitivement pour composer ; pas de mise au point privilégiant une partie du cadre au détriment d’un autre; perte des détails au bénéfice de la captation d’ensemble ; pas de déformation donc rendu des perspectives conforme à la réalité du sujet…

Le jeu de l’image totale, sans artifice, l’image pensée plutôt que vue…finalement riche de sa pauvreté.